Le Chant du sabre | Mathieu Romano

Note d’intention
Le Chant du sabre | Mathieu Romano
© Les Archimèdes
Dans une société en perpétuelle mutation, où le rythme effréné peut laisser peu d’espace à l’introspection et au lien avec les autres, un homme choisit de se retirer. Seul, il avance en quête de réponses sur le but de son existence et de sa place dans ce monde.

Le Chant du sabre

Mathieu Romano

Depuis ses débuts, la ligne artistique d’Aedes n’a cessé de s’enrichir en faveur de créations qui dialoguent aussi bien avec différents genres musicaux (chanson française, comédie musicale…) qu’avec d’autres cultures. Elle explore ainsi la manière dont deux univers, tout en semblant éloignés, se rejoignent dans une même quête de partage d’histoires et d’émotions.

En m’intéressant au travail de Masato Matsuura, qui allie à la fois le sabre, le nō et le utaï — son chant traditionnel et sa voix spécifique à la fois puissante, rauque, souple et gutturale —, j’ai tout de suite remarqué des correspondances fascinantes avec des oeuvres puisées dans le répertoire de la musique occidentale. Par exemple, la pièce « chamanique » pour choeur et tambour du compositeur estonien Veljo Tormis, intitulée Curse upon Iron (L’incantation du fer) qui fait appel, tout comme le nō, aux voix spirituelle et corporelle. Elle sera une pièce centrale de ce programme, tout comme le dernier mouvement des Psaumes de repentance, oeuvre chantée à bouche fermée, sur laquelle Masato Matsuura déploiera son art spectaculaire du sabre, tout en révélant sa dimension initiatique : le sabre tranche et ouvre, il symbolise la fin autant que l’avènement.

De la rencontre entre ces deux arts est né un récit

Cette création, associant le metteur en scène Pier Lamandé pour sa réalisation, pose le constat de la « rapidité » de notre société, en soulevant la question : Comment entretenir le lien aux autres sans renier sa propre temporalité ? Comment des individus si éloignés géographiquement peuvent-ils se rejoindre sur des enjeux communs d’humanité ?

Une communauté humaine (le choeur) se trouve confrontée à un conflit, un dilemme obligeant chacun à faire un choix. Masato Matsuura représente l’homme qui se place en retrait du monde, sans contestation, sans rupture ni violence. Au cours de cette quête musicale, il va questionner ses fondements, autrement dit le Godai ou les Cinq éléments de la culture japonaise : la terre, l’eau, le feu, le vent, et un cinquième élément composé du vide et de la plénitude. Chaque « acte », consacré à un élément, est l’occasion de présenter une oeuvre chorale forte, intense, ainsi que des points de rencontre : l’ensemble emprunte au répertoire nō quand Masato Matsuura est invité à chanter avec le choeur le répertoire dit « occidental ».

« Deux mondes »

J’ai choisi, en fil rouge de cette traversée, deux oeuvres représentant « deux mondes », occidental et oriental, qui accompagnent Masato dans son voyage : une mélodie de choral composée par Hassler, reprise notamment par Bach dans la Passion selon Saint Matthieu et un mantra en sanskrit d’origine japonaise.

Enfin, l’oeuvre du compositeur Aurélien Dumont pour choeur, artiste nō/sabre et deux instruments sera un axe central de ce spectacle : il révèlera à l’auditeur la musique des éléments qui permet de se relier au monde.

 

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