La Petite Fille aux allumettes | Mathieu Romano et Tido Visser
Note d’intention artistique et scénographique
Mathieu Romano et Tido Visser
La Petite Fille aux allumettes constitue le fil conducteur de ce spectacle. L’histoire, entremêlée à la musique est racontée par une voix enregistrée qui surgit, à chaque étape du récit, d’un endroit différent de la salle (en fonction des possibilités techniques des lieux d’accueil). Le conte se fait entendre comme une plainte venue de loin. Et c’est autour de cette lamentation centrale que se déploie le dialogue entre la lumière du Cantique des Cantiques et l’obscurité de The Little Match Girl Passion.
Sur scène, une scénographie lumière subtile accompagne le parcours dramaturgique de l’oeuvre et nourrit une tension constante : de l’ombre ou de la lumière, laquelle finira par triompher ?
Le spectacle s’ouvre dans l’obscurité totale. Quelques ampoules vacillantes, disposées sur scène, émergent peu à peu, comme des présences fragiles guidant les chanteurs dispersés dans le public vers la scène.
Dès que la diffusion du récit commence, la lumière se stabilise : la parole donne forme au monde et instaure un espace commun entre le public et les chanteurs.
Le récit diffusé, les mouvements de l’oeuvre d’espérance et d’amour de Daniel-Lesur, ainsi que ceux de la passion de David Lang, sont entremêlés et s’alternent dans le même ordre tout au long du spectacle : une partie du récit ; un mouvement de la passion de David Lang ; un mouvement du Cantique des Cantiques.
Après chaque lamentation de l’oeuvre de David Lang, une ampoule s’éteint, matérialisant l’épuisement des allumettes que la fillette consume dans un ultime élan d’espoir. Aedes réactive ainsi le rituel séculaire de l’extinction des cierges, jusqu’aux dernières strophes chantées dans le retour à l’obscurité totale.
En contraste, les mouvements du Cantique des Cantiques introduisent une autre qualité de lumière : une clarté latérale, discrète mais persistante, qui suggère la présence de l’amour, du désir et de l’espérance.
Double trajectoire
Cette double trajectoire — extinction progressive des bougies et naissance d’une nouvelle source lumineuse — trouve son accomplissement lorsque la lumière se déploie soudainement et englobe à la fois la scène et la salle, abolissant la frontière entre artistes et public dans une expérience commune de révélation.
La conclusion inverse une dernière fois le mouvement. La lumière disparaît pour laisser place à une voix qui semble venir de toutes parts. Puis un rayonnement croît progressivement derrière le choeur jusqu’à transformer les chanteurs en silhouettes. Cette lueur, indéfinissable et étrangère, peut être perçue comme la figure de la grand-mère, une promesse de réconfort, ou l’incarnation de l’espérance qui subsiste au-delà des ténèbres.